LES PONTS
Les Ponts de Budapest : Une Histoire au Fil du Fleuve
Pendant des siècles, Buda et Pest n'ont eu aucun lien permanent. Voici l'histoire des ponts sous lesquels vous naviguerez, du Pont des Chaînes de 1849 aux travées reconstruites d'aujourd'hui.
Check dates and availability ↗Avant les ponts : deux villes, une rivière
Pendant la majeure partie de leur histoire, Buda et Pest furent deux villes distinctes qui se faisaient face de part et d'autre d'un fleuve large, rapide et sujet aux glaces. Traverser signifiait emprunter un bac en été ou un pont de bateaux branlant qu'il fallait démonter lorsque le Danube gelait ou débordait, et lors des hivers rigoureux, les deux rives pouvaient rester coupées l'une de l'autre pendant des semaines. L'absence de liaison permanente n'était pas qu'une simple gêne ; elle maintenait les deux villes séparées sur les plans économique et social. Les ponts sous lesquels vous naviguez aujourd'hui ne sont donc pas de simples ouvrages d'art élégants, mais ce qui a véritablement transformé deux villes en une seule capitale, chacun ayant marqué un événement majeur à son inauguration. Lire le fleuve comme une succession de ponts, c'est lire toute l'histoire moderne de la ville.
Le Pont des Chaînes, le premier passage permanent
La percée décisive vint avec le pont Széchenyi à chaînes, inauguré en 1849 et nommé en hommage au comte István Széchenyi, cet aristocrate réformateur qui en fut l'infatigable promoteur après avoir été incapable de traverser le fleuve pour rejoindre son père mourant. Conçu par l'ingénieur anglais William Tierney Clark et réalisé sous la direction de l'ingénieur écossais Adam Clark — qui portait par coïncidence le même nom de famille —, il s'étend sur 375 mètres entre deux portails de pierre, gardés à chaque extrémité par des lions sculptés. Premier pont fixe à enjamber le Danube à cet endroit, il accomplit ce qu'aucun ferry n'avait su faire : il fit de Buda et de Pest une seule ville fonctionnelle, ouvrant la voie à leur unification officielle en 1873. Il demeure aujourd'hui le plus aimé et le plus photographié de tous les ponts de la capitale.
Les ponts que vous croiserez, en un coup d'œil
Les ponts centraux racontent à eux seuls plus d'un siècle d'histoire de Budapest, de l'essor confiant du XIXᵉ siècle aux destructions de la guerre, puis à la patiente reconstruction de l'après-guerre. Les dates ci-dessous correspondent aux inaugurations d'origine, et méritent d'être lues comme une chronologie de la ville elle-même. Plusieurs de ces ponts ont été détruits pendant la Seconde Guerre mondiale puis reconstruits, certains rapidement, d'autres seulement des décennies plus tard — si bien que ce que vous survolez aujourd'hui est souvent une fidèle réplique plutôt que l'ouvrage d'origine. Chacun porte encore la marque de son époque, des ferronneries ouvragées aux câbles modernes et épurés, et c'est bien là la moitié du plaisir de les distinguer depuis l'eau.
| Bridge | First opened | Character on the water |
|---|---|---|
| Pont Marguerite | 1876 | Un pont en angle qui se courbe à l’île Marguerite, avec un embranchement qui y mène. |
| Pont des Chaînes | 1849 | Des portails de pierre et des chaînes, gardés par des lions ; la vue classique |
| Pont Élisabeth | 1903 | Mince pont à haubans blancs, reconstruit dans les années 1960 après la guerre. |
| Pont de la Liberté | 1896 | Ferronnerie Art nouveau verte surmontée d'oiseaux turul mythiques |
Margaret, Elizabeth et Liberty
Chacun des autres ponts centraux a son propre caractère. Le pont Marguerite, inauguré en 1876 sur un projet français, est inhabituel en ce qu'il se plie en son milieu, où un court embranchement descend sur l'île Marguerite, au cœur du fleuve. Le pont Élisabeth, nommé en l'honneur de la très populaire impératrice Élisabeth, est le fin ouvrage blanc à haubans situé au pied de la colline Gellert ; le pont d'origine, ouvert en 1903, fut détruit pendant la guerre et reconstruit dans une forme moderne dans les années 1960. Le pont de la Liberté, inauguré en 1896 pour les célébrations du millénaire hongrois, est le plus court, tout de vert, avec sa ferronnerie Art nouveau décorative, couronné à chaque extrémité de figures du turul, cet oiseau mythique de la légende hongroise. Éclairés la nuit, ces trois ponts offrent une impression très différente de celle du majestueux pont des Chaînes.
Détruite et reconstruite : la guerre sur le fleuve
Chaque pont de Budapest renferme un chapitre sombre. Durant l'hiver 1944-1945, alors que le front se refermait, les forces allemandes en retraite firent sauter tous les franchissements du Danube, précipitant chacun d'eux dans le fleuve et séparant une fois de plus Buda de Pest. Le Pont des Chaînes rouvrit, reconstruit, en 1949, presque un siècle jour pour jour après son inauguration ; les autres suivirent au fil des années, et pour le Pont Élisabeth, des décennies plus tard. Aussi, lorsque vous glissez sous ces arches illuminées la nuit, vous contemplez des survivants et des reconstructions, monuments à la manière qu'a cette ville de se rebâtir sans cesse. Une pensée silencieuse s'impose au passage, car le fleuve porte aussi des souvenirs plus lourds, un peu plus en aval, sur la rive de Pest.